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La Danse de la vie. (Fabienne Courmont)

"Danse et chante 
 Danse comme une fleur bercée par la brise 
 Alors tu percevras la musique qui chante au fond de toi même 
 Celui ou celle qui l'entend connait la vie"
  OSHO 


J'ai toujours dansé. C'est à travers la danse que je me sens le plus en vie, en éveil, reliée au ciel, à la terre, aux cycles de la vie et de la nature et à tout ce qui m'entoure. La danse pour moi n'est pas un moment entre parenthèse dans la vie où on se défoule et on laisse parler son corps que l'on réprime ou mésécoute le reste du temps. La danse fait partie de la vie, c'est la vie même, car c'est le mouvement. Tant que l'on est en mouvement, l'on est en vie. 

Sogyal Rinpoche dit : "La vie n'est rien d'autre qu'une danse ininterrompue de naissance et de mort, une danse du changement". Aller avec le mouvement, avec le changement, c'est cela danser sa vie. C'est de cette danse, que j'appelle "Danse de la vie" et que je transmet maintenant depuis 10 ans, dont je vais vous parler et tenter de vous donner une facette parmi d'autres, à découvrir.

Dans le théâtre Nô japonais on appelle ces cycles de naissance et de mort JO HA KYU. JO est le commencement, le printemps, le matin, la graine, la naissance et la jeunesse. HA est l'éclosion, l'épanouissement, l'été, le milieu de la journée, la fleur épanouie, l'âge adulte. KYU est la fin, la transformation, l'automne et l'hiver, la fin de journée et la nuit, la fleur qui fane et redevient graine, la vieillesse et la mort. Le JO HA KYU, c'est aussi le mouvement universel que l'on retrouve dans la tradition chinoise du Yang et du Yin et qui correspond à l'inspiration et l'expiration, l'expansion et la contraction, l'activité et le repos. Nous commençons la vie par une grande inspiration où nous aspirons la vie et nous la finissons par une expiration où nous lâchons prise. Entre deux, la vie est une suite d'inspirations et d'expirations, de petites morts et renaissances, d'expansions et de contractions.

Ces cycles de naissances et de morts, cette respiration, comment les vivons nous tous les jours? Observons combien de fois dans une journée nous arrêtons nos gestes avant leur accomplissement, bloquons notre respiration, ne finissons pas une action commencée, passons d'une pensée à l'autre... Comment nous nous accrochons à une idée, nous cristallisons sur une peur, un jugement qui nous empêchent de changer deposition, de bouger et d'aller avec le mouvement de la vie.

Dans les ateliers de "danse de la vie" nous sommes attentifs à aller jusqu'au bout d'un geste, jusqu'à son accomplissement. Nous prenons plaisir à retrouver cette respiration dansée, ce cycle inscrit dans nos cellules et dans l'univers afin de s'ouvrir et d'aller avec ce qui est là dans la danse, comme dans la vie. Ce n'est pas toujours facile, cela demande d'abord de reprendre contact avec notre centre vital (le hara) et de lâcher les pensées, les jugements pour vivre l'instant présent et renaître à une nouvelle harmonie où le corps et le coeur guident et non la tête. Quand cette ouverture se fait, c'est une grande joie qui inonde tout le corps et nourrit l'âme. Danser est alors une forme d'extase non pas désincarnée mais enracinée dans notre corps. Cette extase permet une libération et une guérison. L'énergie lovée tel un serpent à la base de la colonne (ce que les indiens appellent la kundalini) est libérée et circule alors partout dans notre colonne, notre arbre de vie, et dans tout notre corps. Les tensions physiques se dénouent et les émotions retenues peuvent émerger pour être transformées.

Aller vers son centre, et laisser naître le mouvement depuis là, sans pensée ni jugement, est aussi un moment privilégié avec soi-même, d'abord. C'est un moment où l'on peut être sans masque ou conditionnement, en contact avec notre être profond, ou l'on peut le laisser s'exprimer et s'épanouir librement. La "danse de la vie" commence par ce mouvement de retour sur soi, d'aller dans son centre pour ensuite s'ouvrir aux autres, au monde, depuis ce centre. Tout le long de la danse, nous vivons ce mouvement, ce flux et reflux, du centre vers l'extérieur et de l'extérieur vers le centre à nouveau, jusqu'à ce qu'il ni est plus ni intérieur, ni extérieur, plus de dualité mais une unité. Alors nous sommes un micro-univers relié aux autres univers, non pas dans la fusion-confusion mais dans la "co-respiration dansée". Dans cet espace, il se passe réellement quelque chose de l'ordre du vivant, de la créativité et non de la réactivité. Un proverbe chinois que j'aime beaucoup dit : "pour se reconnaître dans l'infini, il faut séparer puis réunir". Il illustre bien pour moi cette alternance, cette respiration.

Et dans la vie, comment vivons-nous ce mouvement du centre vers l'extérieur et de l'extérieur vers le centre ? Sommes-nous projettés vers l'extérieur, les autres, ou au contraire restons-nous fermés, repliés sur nous même ? 
Je crois qu'il y a urgence pour nous occidentaux, enfermés dans notre tour de contrôle qu'est le mental d'entrer à nouveau en phase avec les rythmes de notre corps et de la nature et de réapprendre à co-respirer avec le monde qui nous entoure. La "danse de la vie" est une invitation à cela, et à danser sa vie pleinement. Pour cela aucune expérience n'est nécessaire, il sagit de laisser naître la danse de l'intérieur. Ce qui compte c'est l'amour du mouvement, de la vie et l'aspiration à ouvrir la porte sur l'ailleurs, l'inconditionné, l'impalpable...

Je vous propose de faire cette expérience chez vous, quand vous avez envie ou que vous en sentez le besoin, pour libérer une tension, une émotion ou lâcher les pensées parasites. Il suffit parfois de quelques minutes prises dans la journée, à un moment où vous êtes seul et tranquille. Mettez vous à l'aise, trouvez une musique qui vous inspire et suivez les quelques indications que je vous donne (voir encadré) pour aller vers votre centre profond et découvrir la joie d'être vous-même, dans le moment présent, sans masque, sans pensée ni jugement.
1 - Se relier à la terre et au ciel : pieds nus, en contact avec le sol, sentez vos racines sous vos pieds et reliez vous à la terre. Sentez le lien avec le ciel au dessus de vous en vous concentrant sur le sommet de votre crâne, visualisez cet espace ouvert et réceptif.

2 - Se recentrer : concentrer vous un moment dans la région du ventre. Visualisez un soleil rouge et chaud sous le nombril (au niveau du hara). Respirez dans cette région un moment jusqu'à ne plus être que cette respiration.

3 - JO HA KYU : sur une musique lente, inspirez et déployez-vous, ouvrez tout votre corps, étirez vous dans toutes les directions, avec toutes les parties de votre corps. Faites le dans un mouvement et une respiration lents, et allez jusqu'au bout de votre geste, jusqu'à son achèvement. Puis sentez le mouvement de contraction, de retour vers votre centre se faire sur l'expiration, comme si votre centre aspirait chaque partie de votre corps. Prenez le temps de sentir chaque moment et allez jusqu'au bout de l'expiration et du mouvement avant de laisser naître à nouveau le mouvement d'expansion. Trouvez à chaque fois des chemins différents dans votre corps, laissez le explorer l'espace autour de lui et en lui, en vous laissant guider par votre ressenti et la musique, l'environnement. Vous pouvez aller au sol, remonter... 

4 - JO HA KYU : sur une musique rythmée, concentrez vous sur la région du bassin et du ventre et laissez naître un mouvement dans cette région(JO). Quand vous vous sentez bien dans un mouvement, répétez le, installez vous dedans, prenez plaisir à ce mouvement et laissez le se déployer (HA). Puis quand vous sentez, laissez l'énergie aller dans une autre partie du corps et la mouvoir. Le mouvement se transforme (KYU). 

Un autre mouvement naît, dans une partie du corps ou une autre. Répétez le, laissez le se déployer, puis se transformer, etc... Rentrez dans cette danse du changement le temps que vous voulez, dans ce cycle ininterrompu de naissance et de mort, mais restez toujours en contact avec votre centre vital (hara) et l'énergie. Ce n'est pas la tête qui guide le mouvement, attention! Si cela arrive, observez le et revenez dans votre centre. Quand c'est le corps qui guide, il n'y a pas de fatigue mais l'énergie est libérée et il n'y a ni commencement ni fin. 
Quand c'est la tête qui guide, le mouvement est coupé et on se fatigue vite! 
A la fin, ramenez les mains vers votre centre vital (hara) et prenez le temps d'intégrer la danse en laissant la résonance du mouvement continuer encore un moment.


Comment est née cette danse ? 

Je crois qu'elle a toujours été là mais qu'elle a attendue un déclic pour se révéler. 
Depuis l'âge de 8 ans jusqu'à 25 ans, j'ai été formée à plusieurs formes de danse : classique, contemporaine, primitive, yoga-danse, danse-contact... A travers toutes ces formes, j'ai toujours recherché quelque chose qui était en moi. Chaque forme de danse représentait une facette de moi-même, mais me laissait toujours à un moment donné sur ma faim. J'avais une soif de rencontrer le beau, le divin, l'impalpable à travers la danse et de ressentir cet état de plénitude de l'être dont on parle dans toutes les philosophies et les spiritualités. 

C'est en 1980, j'avais 25 ans alors, que j'ai rencontré le danseur Butô Tanaka Min, lors d'un stage qu'il donnait pour la première fois en France. Lors de ce stage, je l'ai vu danser pour la première fois et j'ai eu le choc de ma vie de danseuse. Son corps en dansant n'était plus son corps, mais au-delà, il me mettait en contact direct avec ce qu'il y avait au plus profond de moi-même et avec l'univers. Et cela passait directement de corps à corps, d'âme à âme, sans que le mental courcircuite. 

Je me suis dis alors : "c'est cela la Danse que je cherchais. Jusque maintenant j'ai connu des formes de danse mais pas la Danse, celle qui vient de l'intérieur." Je n'ai eu qu'une envie alors, celle d'aller plus loin dans ce chemin qui s'ouvrait à moi. J'ai alors continué ma formation en danse Butô en France puis au Japon. 


Cette danse, née au Japon dans les années 70, en rébellion contre l'américanisation puise ses racines dans les traditions japonaises du Nô et du Kabuki. Elle est également imprégnée de la culture animiste Shinto et du bouddhisme Zen. On peut la traduire par "danse de l'âme"Kazuo Ohno, un des précurseur du Butô dit : "Toutes les expériences et mémoires des générations passées sont collectées et stockées en nous. 
Avoir un corps veut dire la même chose que posséder l'univers. Mais je me demande où résident ces expériences universelles en nous, et je crois que c'est dans le coeur. L'âme contient l'univers"... "ce n'est pas le corps qui danse, c'est l'âme". 
Le Buto est une danse qui puise aussi beaucoup son inspiration de la nature, des éléments. "La nature nous donne les choses élémentaires, c'est la base de la technique de danse". 

Cette danse m'a beaucoup marquée et ouvert un espace où le corps et l'esprit retrouvent leur unité primordiale. Dans cette danse, la personnalité, l'égo s'effacent pour permettre l'accès à une dimension plus vaste de la personne, une dimension qui contient l'univers, où le corps est l'univers. 
Puis j'ai cheminé et intégré d'autres danses ou traditions du mouvement dans cette quête d'unité corps-esprit (Taï-Ji, danse indienne, africaine, danse de transe, danse tournante des soufis)La "danse de la vie" est née de cette recherche et de cette synthèse. Cette danse continue d'évoluer, d'être en mouvement. 

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