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POUR UN TOUCHER THERAPEUTIQUE (J. L. Abrassart)

« C’est par le corps que j’éprouve le monde et les autres, que je ne cesse d’en faire l’expérience et ce, jusqu’à la fin. Etre au monde,…c’est ne pas cesser d’éprouver, de sentir, d’être touché… par les autres et par les événements. Mourir, c’est quitter cette expérience du tact et du contact, de l’émotion permanente, qu’est l’expérience du corps. »

Gérard Bailhache, Le corps, collectif, éditions de l’atelier.

L’engouement pour les techniques de massage et le recours grandissant à des techniques thérapeutiques manuelles montre à l’évidence un besoin social de réintroduire et de développer la dimension du toucher dans la recherche d’un mieux-être et d’une vie plus épanouie.
Pourtant, dans la majorité des cas, ces techniques visent au soulagement de symptômes physiques et à l’obtention d’un bénéfice corporel sans prendre réellement en cause les attitudes de vie et les causes psychiques associées au mal-être corporel. D’une certaine manière, elles contribuent à occulter le rôle que peut jouer le toucher dans un processus d’aide thérapeutique qui prend en compte l’intégralité de la personne. J’aimerais ici illustrer tout ce que peut apporter le contact corporel dans un tel processus et ce, malgré les réticences, si ce n’est les interdits, relatifs au toucher qui persistent dans le monde de la psychologie.

Le grand psychanalyste Winnicott n’écrivait-il pas : « … j’ai fait de nombreuses conférences sur le sujet du contact physique entre patient et thérapeute. Mais écrire là-dessus vous expose facilement à être mal compris. »

Le toucher révélateur

Quelle que soit la raison qui amène un patient à rechercher de l’aide, la problématique qu’il livre se retrouve toujours dans son corps sous forme de douleurs, de tensions musculaires, de déséquilibres posturaux et de dysfonctionnements organiques. Si certaines de ces manifestations physiques d’une problématique peuvent s’imposer comme douloureuses ou perturbantes au quotidien, très souvent une grande partie échappe complètement à la conscience du patient ou alors il en attribue les causes à des raisons extérieures à lui.
Or, le Docteur Eugène Gendlin de l’Université de Chigago, créateur du Focusing, éditions de l’Homme, a montré que les patient qui obtiennent les meilleurs résultats thérapeutiques, quelque soit la technique utilisée, sont ceux qui sont le plus centrés sur la perception corporelle de leur problématique et qui avaient le plus de facilité à mettre cette perception en mots. Dans la pratique, les psychothérapeutes connaissent bien la difficulté qu’a le patient à exprimer son ressenti plutôt qu’à raconter son histoire, à l’analyser et à la justifier.
L’introduction du toucher dans un processus d’aide thérapeutique recentre le patient sur la conscience de son corps et sur son vécu sensoriel. La main du thérapeute qui se pose sur son corps l’amène à entrer en contact plus facilement, et souvent plus profondément, avec « les sensations » de sa problématique :
Comment se joue cette problématique dans le corps ? De quoi est-elle « faîte » ?
Le toucher est révélateur, il réactive la conscience sensorielle, il implique le patient. La problématique de vie est là, sous la main, dans l’instant, avec toutes ses résonances et ses implications. Ce toucher est d’abord écoute avant d’être intervention, il est mise en contact plutôt que technique, il ne vise pas à obtenir un résultat corporel. La main s’offre au patient pour qu’il instaure un dialogue avec ses sensations et les affects qui en découlent. A ce dialogue se superpose l’échange verbal entre le patient et le thérapeute qui élabore ce vécu sensoriel et émotionnel.
Georges me dit lors d’une séance que ses collègues lui prennent la tête. Je le prends au mot et j’applique un simple contact de mes deux mains autour de son crâne. Au bout d’une dizaine de minutes, la respiration de Georges s’amplifie et s’accélère. Il commence à pousser avec sa tête contre mes mains, débutant ce qu’il identifiera ensuite comme un processus à la fois corporel et symbolique de re-naissance. L’élaboration de cette expérience lui donnera une vision tout à fait différente de ses difficultés professionnelles.

Le toucher réparateur

Dès que s’établit le contact corporel, la main du thérapeute entraînée par la pratique reçoit des tissus qu’elle touche une multitude d’informations : consistance, texture, température, mouvements internes, etc… qui traduisent la façon dont la problématique du patient a été enregistrée dans son corps et auxquelles la main va progressivement commencer à répondre. En interagissant avec le vécu sensoriel du patient, la main ravive les mémoires corporelles enregistrées dans les tissus.
Alors que l’on a longtemps considéré la mémoire comme une fonction cérébrale, les travaux de psychoneuroimmunologie menées par Candace Pert depuis les années 80 – voir Les cicatrices émotionnelles de Clyde W. Ford, éditions Guy Trédaniel - montrent, en simplifiant, que le corps enregistre globalement le vécu de situations, dépassant le simple concept de somatisation qui définit les symptômes corporels comme des sous-produits de l’activité psychique. En particulier, dans le domaine du toucher, Candace Pert a prouvé que les mêmes neuropeptides qui régularisent la perception des affects dans le cerveau régularisent également la perception des stimuli sensoriels au travers de la peau.
La pratique d’un toucher thérapeutique réveille le souvenir de situations et d’interactions relationnelles dans la vie passée du patient, souvenirs qui donnent la plupart du temps un éclairage nouveau sur sa problématique au présent et orientent vers des issues thérapeutiques.
L’exemple d’Aline est significatif : elle vient me voir parce que « chaque fois que quelqu’un me prend dans ses bras, j’ai l’impression d’étouffer et j’ai envie de m’enfuir ». Lorsqu’Aline me parle de sa difficulté, je remarque qu’elle semble en effet s’étouffer dans le haut de la poitrine. Je pose ma main sur cette zone de son corps pendant que j’invite Aline à exprimer son ressenti. Au bout d’un moment, ma main commence à effectuer un mouvement circulaire léger comme si elle étalait quelque chose. Le visage d’Aline rougit et elle a très chaud. Je l’invite à parler de cette sensation de chaleur qui fait ressortir le souvenir de cataplasmes à la moutarde brûlants que sa mère lui appliquait lorsqu’elle était enfant. Aline se trouve « plongée » dans cette situation du passé que nous recadrerons ensemble. Pendant ce recadrage, ma main s’anime d’un mouvement de pression-relâchement qui amènera une respiration profonde dans le haut de sa cage thoracique. Le son sentiment d’oppression qu’éprouvait Aline dans ses échanges affectifs disparaîtra quelques séances plus tard.
La main qui touche soutient le processus thérapeutique et inscrit une « réparation sensorielle » qui accompagne et conforte l’élucidation du souvenir. Cette réparation sensorielle garantit que l’impact thérapeutique et le résultat obtenu s’inscrive au niveau physiologique, en accord avec l’écologie interne de la personne.

Le toucher catalyseur

Le toucher réparateur fait appel au corps en tant que mémoire du passé mais il ne recherche pas systématiquement, comme dans d’autres techniques qui utilisent une pression profonde et douloureuse, à faire resurgir des émotions et des souvenirs traumatisantes. L’interaction du toucher du thérapeute avec les tensions corporelles musculaires ou organiques du patient n’entraîne pas obligatoirement la nécessité de traiter avec le passé. La tension se relâche, apportant un mieux-être corporel que le thérapeute se doit d’aider le patient à élaborer dans sa vie sous peine de voir réapparaître les manifestations corporelles de la problématique.
Mon hypothèse vérifiée par la pratique est que l’état corporel du patient « après-toucher » manifeste sensoriellement les ressources dont le patient a besoin pour mieux gérer sa problématique. L’intégration du toucher commence par une question comme « Comment te sens-tu maintenant ? ». Ce ressenti est approfondi jusqu’à devenir significatif et transposable en tant que qualité d’être.
Un exemple : Jacques est venu car il se met régulièrement dans des situations dangereuses pour lui. L’évocation d’une de ces situations a réveillé une forte tension dans le cou qu’un toucher détendra. Lorsque j’interroge Jacques sur son ressenti, il me parle d’une sensation d’allongement de son cou que je l’invite à expérimenter en position debout. Au bout de plusieurs minutes, il me confie que les changements qu’il ressent dans sa posture lui donne le sentiment qu’il est quelqu’un fier de lui. Nous explorons ensemble les résonances dans sa vie de cette fierté qu’il identifie négativement en l’associant à un père qui avait toujours raison. Le corps de Jacques lui dit qu’il a besoin de cette ressource de fierté qui le conduit, nous le verrons ensemble, à un plus grand respect de lui-même. L’inscription sensorielle de cette ressource contribuera à aider Jacques à désamorcer sa tendance à se mettre en danger.
Le toucher catalyse alors la mise en œuvre des potentialités du patient pour favoriser des changements d’attitudes de vie. L’interaction du toucher avec la tension oriente vers la ressource qui doit être intégrée comme si, pourrait-on dire, le corps connaissait le chemin qui va permettre de sortir de la problématique.
Un toucher à l’écoute crée un climat de confiance et de sécurité dans la relation d’aide qui favorise l’acceptation par le patient de son ressenti ainsi que sa mise en mots. Il favorise également l’association des sensations avec des images internes qui peuvent encore donner plus de sens au vécu du patient. Le toucher peut ainsi stimuler le déclenchement et l’aboutissement d’un processus dans l’imaginaire, un rêve éveillé par exemple, la main qui touche accompagnant ce processus et enregistrant les réactions du corps aux différentes étapes de ce processus.
Tout se passe comme si la dynamique interne de la personne qui tend à la résolution de ses difficultés se retrouvait conjointement dans le corps - en tant que modification permanente de l’état sensoriel et physiologique – et dans l’imaginaire sous forme de production d’images internes. Un toucher thérapeutique tel que je le conçois et l’enseigne a pour but de libérer et de catalyser cette dynamique interne, de la fluidifier et de la concrétiser.
Il s’exerce dans le respect de cette dynamique sans besoin de l’alibi d’une technique complexe et en s’appuyant sur la compassion qui se développe spontanément dans le contact avec la souffrance corporelle. Il s’adresse au corps qui parle plus qu’à sa matière. Il vise à réconcilier la personne avec ce qui l’anime et tend à son accomplissement.

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